Kudô, maître oublié du cinéma japonais

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Kudô, maître oublié du cinéma japonais

Message par yakyak le Mer 14 Mar - 10:07


Affiche japonaise de "Le Grand attentat", de Kudô Eiichi (1964)
Longtemps considéré comme un metteur en scène de second ordre, Kudô Eiichi méritait pourtant qu'on lui accorde le bénéfice du doute et qu'on prenne le temps de revoir certaines de ses œuvres. C'est aujourd'hui possible grâce à Wild Side et à son inlassable quête des "introuvables". Trois films de Kudô sont ainsi proposés dans un coffret qui ravira l'amateur de films d'époque (jidai geki). Tournés au milieu des années 1960, Les Treize Tueurs, Le Grand Attentat et Les Onze Guerriers du devoir témoignent de la qualité du cinéma japonais, de sa vitalité, mais aussi de sa capacité à évoluer avec son temps.
Certes, les thèmes abordés dans les trois films de Kudô sont classiques. On y retrouve des samouraïs prêts à se battre pour une cause plus juste ou à se sacrifier pour venger un seigneur trahi. De toute façon, "la vie du samouraï est synonyme de tragédie", dit un des protagonistes dans Les Treize Tueurs alors qu'il s'engage dans une mission suicide visant à supprimer un despote. L'intérêt de ces films sortis à une époque où le Japon était balloté par les mouvements antiguerre du Vietnam et par l'opposition au renouvellement du traité de sécurité nippo-américain réside aussi dans leur forme.
Kudô, qui était un personnage sûr de lui, ne regardait pas à la dépense, et les budgets étaient souvent dépassés parce qu'il n'hésitait pas à expérimenter de nouvelles techniques avec les risques qu'elles pouvaient induire en termes de maîtrise. On peut ainsi citer sa volonté de rendre les combats plus crédibles et plus réalistes en les tournant "caméra à l'épaule". Cela donne aux scènes de sabre un cachet très particulier, notamment dans Le Grand Attentat, où l'on retrouve ce que Clint Eastwood ou Steven Spielberg dans leurs œuvres respectives Mémoires de nos pères et Il faut sauver le soldat Ryan ont voulu rendre dans les scènes de débarquement. La grande différence entre Kudô et les deux cinéastes américains, c'est la quasi-absence de sang. Pourtant un sabre, ça coupe. Kudô se distingue aussi de Kitano, qui avait fait rajouter par ordinateur le sang giclant lors des scènes de sabre dans son fameux Zatoichi.
Malgré son sens de l'expérimentation, Kudô contrôle parfaitement son sujet et, à certains égards, offre des films plus forts que ceux de Misumi Kenji, le réalisateur de la série Baby Cart, que l'on connaît beaucoup mieux en France. Wild Side, fidèle à ses bonnes habitudes, accompagne chaque film de bonus intéressants, en particulier l'interview d'Ito Masaaki, directeur de production à la Toei et beau-frère de Kudô, qui dresse un portrait très personnel du cinéaste "disparu trop tôt", selon lui. Avec ce coffret, les amateurs de cinéma japonais ne seront pas déçus car les films sélectionnés dépassent largement le cadre des films de samouraïs habituels. A découvrir d'urgence.

Coffret Eiichi Kudô, Wild Side Video, 39,99 euros. Sortie le 28 mars.
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