Le tabac, et après ?

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Le tabac, et après ?

Message par yakyak le Sam 3 Fév - 10:28

Sartre ou Gainsbourg, Camus ou Pompidou n'en reviendraient pas, mais c'est désormais chose faite. Depuis le 1er février, le tabac est prohibé dans les lieux publics fermés, les entreprises, les lycées, etc., en attendant l'application de l'interdit aux cafés et restaurants, dans un an. Pour les quelque 15 millions de fumeurs que compte ce pays, il ne reste d'autres perspectives que le sevrage, la rue ou l'espace privé.

Enfin ! diront tous ceux qui, depuis la loi Veil de 1975 et surtout la loi Evin de 1991, n'ont cessé de dénoncer les dangers du tabagisme. Les campagnes de sensibilisation ont, certes, fait prendre conscience progressivement qu'il est la cause de 90 % des cancers du poumon et qu'il tue, en France, plus de 60 000 personnes par an, fumeurs ou non-fumeurs victimes du tabagisme passif. Mais cela n'avait pas modifié en profondeur les habitudes et la consommation, pas plus que les hausses fortes et répétées du prix des paquets de cigarettes. A l'instar des réglementations déjà appliquées depuis un an ou deux en Espagne, en Suède, en Italie, en Belgique (et bientôt en Grande-Bretagne), l'interdiction de fumer dans les lieux publics est la seule mesure véritablement dissuasive.

On a assez, dans ces colonnes, soutenu cette politique de santé publique pour ne pas saluer, aujourd'hui, la détermination du gouvernement. Cela n'interdit pas, cependant, de soulever des questions volontiers éludées par la croisade antitabac. Jusqu'où la puissance publique entend-elle encadrer et contrôler les comportements privés ? Et jusqu'où la société est-elle prête à montrer du doigt, culpabiliser, voire exclure, telle ou telle catégorie de Français ?

Cette logique sociale voudrait qu'après les consommateurs de tabac, les buveurs d'alcool soient fustigés. Les dégâts que ce dernier provoque en termes de santé publique ne sont pas moindres (40 000 morts par an), et les victimes collatérales sont largement aussi nombreuses que celles du tabagisme passif (un tiers des accidents de la route et 80 % des violences conjugales et familiales sont imputables à l'alcool). Faudra-t-il ensuite s'attaquer aux consommateurs de psychotropes, puisque les Français sont, dans ce domaine, champions d'Europe ? Bref, quelle est la frontière entre sécurité collective et liberté individuelle ?

Enfin, on ne peut s'empêcher de penser que la mise en cause de la responsabilité individuelle des fumeurs est une manière assez commode d'éviter de mettre en cause d'autres responsabilités collectives ou de puissance publique : ainsi celle de l'Etat, qui a perçu près de 12 milliards d'euros de taxes sur le tabac en 2005 ; ou celle d'une société qui part en guerre contre la cigarette beaucoup plus vigoureusement que contre l'exclusion ou les risques environnementaux. Etonnantes schizophrénies !
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yakyak
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