"L'Etoile imaginaire" : voyage rédempteur en terre

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"L'Etoile imaginaire" : voyage rédempteur en terre

Message par yakyak le Dim 28 Jan - 9:57

Vincenzo (Sergio Castellitto) va plonger dans l'empire du Milieu, accompagné de son interprète Liu Hua (Tai Ling). | CATTLEYA Vincenzo (Sergio Castellitto) va plonger dans l'empire du Milieu, accompagné de son interprète Liu Hua (Tai Ling).

L'industrie italienne va mal, la Chine connaît un boom économique. D'un côté des licenciements, de l'autre des mines réjouies et l'impatience de sabler le champagne. Chargé de la maintenance d'une usine italienne qui vient d'être vendue à des industriels chinois, Vincenzo Bunoavolonta fait grise mine. Atteint par la situation sociale de son pays, ce brave homme n'en conserve pas moins une conscience professionnelle à toute épreuve. Sachant que le haut fourneau qui vient d'être démonté pour être expédié dans l'empire du Milieu recèle une anomalie susceptible de provoquer un grave accident, il se met en tête de réparer lui-même la pièce défectueuse et d'aller la porter là-bas, en République populaire.

Cet inébranlable homme de bonne volonté aurait pu s'appeler Cyrano ou Don Quichotte. Car confinant à la candeur, son honnêteté morale le pousse à la damnation. "Seul un merveilleux abruti mettrait le cap sur la lune, autrement dit sur la Chine, planète à part, vivant en autarcie, en emportant simplement avec lui une soupape à remplacer dans une gigantesque machine ressemblant à une navette spatiale", analyse l'épatant Sergio Castellitto, qui interprète l'idéaliste avec finesse. Peu d'acteurs dégagent autant de sympathie et d'humour que lui.

Librement adapté d'un roman à succès (Démantèlement, d'Ermanno Rea, Flammarion), le beau film de Gianni Amelio, L'Etoile imaginaire, retrace le périple de cet aimable forcené jusqu'au bout du monde, la progressive dégradation de son moral, jusqu'au découragement, et sa prise de conscience que le voyage qu'il a accompli est plus important que le but qu'il s'était fixé. Il y a tant de soupapes à remplacer dans la vie que Bunoavolonta aurait aussi pu s'appeler Sisyphe. Jusqu'au moment où il posera bagages et utopies, pour les beaux yeux de Sancho Pança.

Sancho Pança est une belle fille brune aux yeux bridés, celle qui lui sert de guide et d'interprète. L'Etoile imaginaire dépeint la manière dont le jusqu'au-boutiste italien et la pragmatique jeune Chinoise vont s'apprivoiser. L'archaïque ingénieur apprend à ouvrir les yeux, la chômeuse du continent jaune à découvrir "quelqu'un de bien". En parallèle, c'est à l'exploration presque documentaire d'un pays en pleine révolution industrielle, mais plein de contradictions, que Gianni Amelio nous invite.

Car la Chine, immensité de brumes, c'est à la fois des villes à buildings et des moyens de locomotion précaires, des bureaux luxueux et des appartements communautaires, des plans capitalistes dans une idéologie communiste. Au fil de son odyssée, sautant de Wuhan à Chongqing à la recherche improbable de la bonne aciérie, Bunoavolonta, tour à tour ironique et amer, s'initie à la cuisine et aux gratte-ciel sans ascenseur, aux patinoires et aux cantines, rencontre des hommes d'affaires cyniques et des ouvriers accueillants.

RÉFLEXION DÉSENCHANTÉE

L'Etoile imaginaire offre un regard européen sur ce que brosse Jia Zhangke dans Still Life (Lion d'or à Venise, pas encore distribué en France) : les dégâts sociaux du développement économique chinois, les déplacements de population provoqués par la construction d'une digue qui va engloutir un village sous les eaux. Réflexion désenchantée sur le progrès, les impitoyables conséquences de l'économie globale, le film oppose intégrité et modernité, valeurs démodées et aveuglement écologique.

L'humanisme, ici, paraît bien dérisoire, mais, dans cette Chine où trône encore la statue de Mao, on vit mal. Le peuple est gorgé de "bonne volonté". Un temps pris pour un terroriste étranger, notre aventurier bénéficie d'aides inespérées. "Le Chinois te fait un croche-pied, puis t'aide à te relever." Mais la misère demeure, la surpopulation engendre des amendes payées par les familles qui font des enfants, d'où le nombre de gamins cachés ou abandonnés. Gianni Amelio décline ses thèmes favoris : le voyage rédempteur et l'indéfectible affection pour les mômes, sur lesquels la caméra s'attarde ici et là. Son oeil se fait complice avec le jeune fils de l'interprète, élevé par une vieille grand-mère, parce que son père a disparu, que sa mère est "venue au monde de travers" et court le pays pour se faire une petite place. Au coeur de la civilisation des machines, Amelio recadre l'idéalisme sur la personne humaine, l'individu. L'avenir de la planète dépend de la manière dont on élève les adultes de demain.
Film italien de Gianni Amelio avec Sergio Castellitto, Tai Ling. (1 h 44.)
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